Le gaz de schiste menace la forêt de Sherwood

Publié le par collectif anti-gaz de schiste des Arcs sur Argens

Le Royaume-Uni a délivré à Ineos un permis d'exploration dans le repaire de Robin des Bois

Ils étaient 200 manifestants, samedi 7 janvier, devant un énorme chêne vieux de plus de 800 ans, dans la mythique forêt de Sherwood. La légende veut que Robin des Bois ait connu cet arbre. Huit siècles plus tard, c'est ici que le dernier front contre l'exploi-tation du gaz de schiste au Royaume-Uni vient de s'ouvrir. " Robin des Bois aurait bien sûr été contre la fracturation hydraulique, s'emporte Greg Hewitt,de l'association Frack Free Nottingham. Il aurait pris l'argent des riches compagnies pétrolières pour le redonner aux pauvres ! "

L'association Les Amis de la Terre a récemment découvert que la compagnie pétrochimique Ineos voulait lancer des études sismiques sur une partie de la -forêt de Sherwood, dans le centre de l'Angleterre. Cette prospection représenterait la première étape de l'exploration du sous-sol, en vue d'exploiter du gaz de schiste.

Ineos confirme, tout en dénonçant le ton " excessivement alarmant " des Amis de la Terre. L'entreprise rappelle qu'il ne s'agit que d'une étape préliminaire et qu'elle n'effectue pas actuellement de fracturation hydraulique, cette technique qui consiste à perforer la roche avec de l'eau à très haute pression mélangée à des produits chimiques.

Pas de quoi rassurer Peter Jaggar, qui habite à trente kilomètres de la forêt : " Sous nos pieds se trouve la deuxième plus importante nappe phréatique du pays, qui fournit l'eau qu'on boit dans toute la région. Il est presque certain que le processus de fracturation hydraulique la contaminerait. "

" C'est tout l'environnement local qui risque d'être en danger, renchérit Hilary Hebron, une autre habitante. La forêt est un emplacement officiellement classé à intérêt scientifique spécial, notamment pour les oiseaux. Et puis, il faut que cette énergie fossile reste dans le sous-sol. L'exploiter va contre les engagements du Royaume-Uni de réduire les émissions de gaz à effet de serre. "

Au-delà du symbole, la bataille de la forêt de Sherwood marque une étape supplémentaire dans la lutte autour du gaz de schiste au Royaume-Uni. Le gouvernement britannique rêve d'une révolution énergétique similaire à celle des Etats-Unis, qui sont devenus pays exportateur net de gaz. Depuis des années, il multiplie les encouragements : abattement fiscal pour les compagnies qui exploiteraient le gaz de schiste, attribution de nombreuses licences d'exploration, allégement des contraintes pour obtenir des autorisations de forage… Mais les autorités se heurtent depuis des années à l'opposition des habitants et des activistes écologistes.

Ces derniers ont marqué de nombreux points. Depuis presque six ans, il n'y a pas eu de fracturation hydraulique au Royaume-Uni, ni pour l'exploitation ni même pour l'exploration. Tous les projets sont au point mort.

L'affaire remonte à 2011 : à l'époque, dans une certaine indifférence, l'entreprise Cuadrilla -explore plusieurs puits dans le Lancashire (nord-ouest de l'Angleterre). Mais sa fracturation hydraulique, mal maîtrisée, provoque de légères secousses telluriques. Le gouvernement met alors en place un moratoire, le temps d'imposer de nouvelles normes. L'année suivante, le gel est levé, mais entre-temps, l'image du gaz de schiste s'est fortement détériorée.

En 2013, un projet de Cuadrilla dans le village de Balcombe, dans les riches contrées du sud de l'Angleterre, à seulement 50 kilomètres de Londres, va encore envenimer les choses. Militants écologistes et riches conservateurs locaux s'unissent, poussant l'entreprise à renoncer. Aujourd'hui, seuls 37 % des Britanniques se disent en faveur de l'exploitation du gaz de schiste, contre 52 % en 2012.

Malgré les multiples procédures judiciaires lancées par les opposants, deux sites ont reçu en 2016 un permis d'exploration du gaz de schiste. D'ultimes recours ont été lancés, mais l'espoir de faire dérailler ces projets s'amenuise. Dans le Lancashire, Cuadrilla a entamé début janvier des travaux préparatoires et espère commencer la fracturation hydraulique en avril. Pas sûr que Robin des Bois suffise à bloquer le processus.

Eric Albert

Extraits du Monde du 11 janvier 2017

Commenter cet article